France Bleu ToulouseIntroduction :
Le département de la Haute Garonne se lance donc dans un plan inédit pour l’internet à haut débit.
Les collectivités et l’état vont investir en 5 ans 100 Millions d’euros pour apporter une connexion de qualité à 110 000 foyers naufragés de l’internet en Haute Garonne.L’arrivée de la fibre optique est annoncée dans toute le département en 2030.
Pour en parler, l’invité de France Bleu matin est un spécialiste de l’internet, Cyril GOUSSE qui milite dans des associations telles que Tetaneutral.net et Comminges Haut Débit et il répond à vos questions.

Bénédicte DUPONT :
Bonjour Cyril GOUSSE.

Cyril GOUSSE :
Bonjour Bénédicte.

Bénédicte DUPONT :
Que signifie concrètement d’être privé de haut débit ? Qu’est ce que l’on ne peut pas faire ?

Cyril GOUSSE :
Déjà, pour expliquer un peu le contexte, le régulateur français des télécoms, l’ARCEP, parle de haut débit à partir d’un demi méga.
Il y a 15 ans, la moitié d’un méga était tout à fait confortable, mais aujourd’hui il est compliqué de pouvoir utiliser internet avec si peu de débit.
Ça se traduit par des vidéos en ligne qui saccadent, l’impossibilité de télécharger des mises à jour ou alors c’est très long et d’autres usages sont très lents ou totalement impossibles, par exemple regarder des vidéos à la demande.
Les particuliers sont gênés, mais c’est encore plus catastrophique pour les entreprises qui n’arrivent pas à travailler dans ces conditions.

Bénédicte DUPONT :
C’est vrai Cyril GOUSSE que nous avons du mal à imaginer que ça existe encore ce genre de cas de figure.
En 2016, on imagine en tous les cas que cela ne concerne que les zones assez reculées, la campagne pour résumer.
En fait, cela existe aussi en zones péri-urbaines.

Cyril GOUSSE :
C’est tout à fait ça.
La raison est historique. Au milieu du siècle dernier, France Télécom a construit des locaux techniques et tiré des lignes pour offrir le téléphone a ses abonnés.
50 ans plus tard, les opérateurs ont voulu trouver un moyen de recycler ces vieilles lignes téléphoniques pour faire passer de l’internet dedans, alors que ce n’était pas du tout prévu pour ça à la base.
Le réseau téléphonique s’est ensuite étendu pour raccorder de nouveaux quartiers, cependant, en ADSL, plus la ligne est longue, moins internet est rapide.
Le réseau est également de moins en moins entretenu, suite à la privatisation de France Télécom, ce qui n’arrange pas les choses, les câbles peuvent traîner dans l’eau ou être défectueux.
C’est pour cela que les problèmes d’internet touchent les petits villages, les zones péri-urbaines, mais également certains quartiers de Toulouse.

Bénédicte DUPONT :
On entend toujours parler de cette fameuse fibre optique, comme une technologie qui permet d’avoir une meilleure connexion, dans les meilleures conditions d’utilisation.
Quels sont ses atouts à cette fibre optique ?

Cyril GOUSSE :
Déjà la fibre optique existe depuis les années 70.
Encore aujourd’hui, nous n’avons pas trouvé de meilleur compromis en terme de qualité et de débit, de capacité.
Le coût des câbles fibre optique est très limité, il est souvent inférieur à celui des câbles téléphoniques en cuivre, les fibres optiques étant constituées de verre, ce qui est très peu cher.
Aujourd’hui, le seul frein à la fibre optique, le seul inconvénient que l’on peut trouver est lié à la main d’œuvre car il faut tirer de nouveaux câbles dans chaque foyer pour connecter les gens, installer de nouvelles prises, et cela coûte très cher car il faut passer chez tous les français.

Bénédicte DUPONT :
Cyril GOUSSE, on l’a dit c’est le département, le Conseil Départemental de la Haute Garonne, qui finance l’installation du haut débit partout dans notre département avec le schéma dont on a parlé ce matin sur France Bleu Toulouse.
Vous y croyez à ces millions d’euros mis sur le table par le département pour aider les foyers privés de haut débit ?

Cyril GOUSSE :
L’idée qu’une collectivité puisse mettre en place un réseau fibre optique publique me parait vraiment excellente.
En revanche, le schéma départemental semble assez flou.
Il parle souvent d’objectifs sans indiquer qui va être couvert, par quelle technologie et sous quel délai.
Par exemple, le Conseil Départemental annonce un débit minimum de 4 Mégas d’ici 2018 sur son site internet, alors qu’il a déjà investit il y a quasiment 10 ans avec nos impôts dans une technologie qui permet d’atteindre 4 Mégas. Le débit minimum est donc le même entre ce qu’il était promis en 2007 et 2018.
Leur site internet annonce également que 80% de la population sera équipée en fibre optique d’ici 2020. Le problème c’est que 80% des abonnés à internet en Haute Garonne ont déjà un accès internet correct à ce jour, c’est justement les 20% qui restent qui ont besoin d’une meilleure connexion. On peut se demander si ces personnes vont être réellement couvertes en fibre optique d’ici 2020.

Bénédicte DUPONT :
C’est un problème solvable au fond ça Cyril GOUSSE, le problème du haut débit, est-ce qu’il y aura toujours des gens privés d’internet rapide, même en 2030 ?

Cyril GOUSSE :
C’est un peu dur à dire, beaucoup de personnes pourront être connectées car elles sont dans des zones un peu denses, mais il y aura toujours des personnes en campagne dans des zones difficiles à couvrir.
Est-ce que le Conseil Départemental va réellement amener de dans fibre optique dans une maison isolée, ça j’en doute clairement.

Bénédicte DUPONT :
Merci beaucoup Cyril GOUSSE, militant de l’association Tetaneutral.net