2015-01-28 Gazette du Comminges - Dossier sur le très haut débit

Haut débit, 4G : le Comminges est-il connecté ?

À l’heure du développement de la fibre optique et de la 4G, la Gazette fait le point sur le très haut débit et les télécommunications dans le Comminges.
Certaines communes se sentent toujours trop isolées. D’autres développent des projets numériques pour attirer les entreprises.
Un dossier de Carole Le Goff pour la Gazette du Comminges

Qu’est ce que le très haut débit ?

Par définition, un foyer est déservi par le très haut débit lorsque le débit est supérieur à 30 mégabits par seconde. Pour réussi à atteindre ce débit, l’installation de la fibre optique est le dispositif central. Cependant, pour le moment, aucun foyer dans le Saint-Gaudinois n’est raccordé à la fibre et seulement quelques entreprises y ont accès, moyennant des abonnements supérieurs à 1 000 euros par mois.

État des lieux

« La grande majorité des communes du Saint-Gaudinois ont des problèmes de couverture internet sur une partie, voire sur l’intégralité de leurs foyers. La ville centre, Saint-Gaudens, n’est même pas épargnée par ses problématiques et la fracture numérique se creuse peu à peu », constate l’association Tetaneutral.net.

Cette association, constituée de bénévoles, est un opérateur internet qui aide gratuitement de nombreuses municipalités à installer le très haut débit dans les communes. Les habitants de Saint-Gaudens, Miramont, Pointis-Inard, Pointis de Rivière, Labarthe Inard, Landorthe, Larcan ou Saint-Ignan peuvent déjà se raccorder sur simple demande.

« Les habitants de Saux-Pomarède étaient en bout de ligne et les accès internet étaient très peu performants. Aujourd’hui, après installation d’un relais par Tetaneutral.net, le débit internet est supérieur à ce qu’il est possible d’espérer dans de nombreux foyers toulousains. C’est en quelque sorte la revanche des zones blanches », indique un bénévole de l’association.

Afin de permettre aux habitants d’avoir un service de qualité, de nombreuses communes s’investissent sur le dossier du numérique. À Liéoux, Isabelle Douat est l’élue qui conseille les familles sur la question. « La fibre optique traverse la commune, mais nous n’y sommes pas reliés. On a essayé plusieurs formules, le satellite, mais ce n’était jamais suffisant. Tout le monde n’a pas d’installation internet mais sur nos cinquante-six foyers, vingt-deux sont reliés avec Tetaneutral.net. Comme les petites communes sont délaissées par les opérateurs car ce n’est pas rentable pour eux, ce sont des bénévoles qui prennent le relais. Grâce à eux, on a désenclavé des quartiers. C’est important tout de même. Internet permet aussi de créer du lien social, en parlant à sa famille à distance, par exemple ».

Des projets en route

Concernant le très haut débit, le bilan ne semble pas pour le moment très reluisant… Cependant, l’arrivée du haut débit de qualité dans tous les foyers, puis du très haut débit, est envisagée (voir encadré) à l’échelle départementale.

La Communauté de Communes du Saint-Gaudinois a depuis le mois de janvier rendu opérationnelle la fibre optique sur la ZAC des Landes, à Estancarbon. « Jusqu’à présent, le débit sur la ZAC était compris entre 2 et 8 mégas en réception et 0,8 en envoi, indique Dominique Ricquebourg… Car la vitesse n’est pas la même quand on envoie et reçoit des données ».

Pour les entreprises de la zone, pas toujours facile de travailler dans des conditions optimales : « Nous avons racheté l’entreprise Technibureau il y a près d’un an, indique Jean-Michel Oddone, le directeur. Nous sommes en connexion permanente avec les clients et les fournisseurs et notre système est un peu artisanal : nous avons une connexion filaire et une autre par satellite. Nous basculons de l’une à l’autre en fonction du débit. Travailler sans Internet, c’est comme demander à un maçon de faire un mur sans truelle. »

Pour les professionnels, l’arrivée de la fibre optique sur la zone est fortement attendue… et leur message a été entendu. « Concernant le très haut débit, les entreprises sont dans l’urgence et les ménages dans une urgence plus déférée », indique Jean-Raymond Lépinay, président de la Communauté de Communes du Saint Gaudinois. « Le but, à terme, est de faire parvenir cette fibre optique dans tous les foyers. Techniquement, on sait amener la fibre, mais les coûts sont colossaux avec les opérateurs classiques… ». Alors la communauté a décidé de prendre elle-même en charge l’installation de la fibre optique sur la zone.

« Auparavant, les grands opérateurs avaient le monopole et imposaient des abonnements de plusieurs milliers d’euros par mois aux entreprises pour des connexions fibre optique pas toujours très performantes.

La Communauté de Communes met maintenant en place le réseau et le loue ensuite aux opérateurs, qu’ils soient petits ou grands, de manière à rembourser ses investissements et étendre la couverture très haut débit.

Cette égalité de traitement entre opérateurs permet de favoriser la concurrence, de faire baisser le prix des abonnements et d’inciter les opérateurs à améliorer les performances des accès internet. Cette démarche répond aux besoins des entreprises déjà implantées, mais permet aussi de faciliter l’accueil de nouvelles structures qui pourront créer de l’emploi dans notre secteur qui en a besoin », précise Cyril Gousse de la société Prosoluce, qui a assuré la maîtrise d’ouvrage du chantier.

Jean-Raymond Lépinay abonde dans ce sens : « Un raccordement avec un opérateur coûtait entre 7 000 et 10 000 euros et ensuite une participation mensuelle de 2 500 € pour un débit de 30 mégabits symétriques. Nous tablons sur des prix quatre ou cinq fois moins chers. Déjà plusieurs netreprises se sont montées intéressées. ».

Dominique Ricquebourg ajoute que « les opérateurs pourront s’adapter aux besoins des entreprises, le prix de l’abonnement sera donc ajusté. ».

D’autre projets sont déjà dans les cartons, notamment la mise en place d’un terrain connecté de 11 hectares, qui pourrait séduire de nouvelles entreprises.

« On peut même envisager d’étendre la fibre sur des communes proches comme Estancarbon, Landorthe ou Labarthe-Inard via un système d’antennes, poursuit M. Lépinay. Il suffit d’avoir ces lieux en visuel et aucune interférence. ». Et de faire ainsi un pas de plus vers un Comminges connecté…

Le SDAN, qu’és aquo ?

Actuellement, de nombreuses Communautés de Communes sont amenées à parler du Schéma Départemental d’Aménagement Numérique (SDAN). Mais en quoi consiste-t-il ?

Didier Langolff, directeur adjoint infrastructures et moyens au Conseil Général, apporte son éclairage : « C’est un document stratégique qui fixe les actions à mener sur les 15-20 années à venir dans le département, pour le couvrir en très haut débit. Il n’est pas figé et amené à évoluer. Il se constitue en trois phases et la première, d’une durée de 5 ans, avec un budget de 181 millions, a pour objectif d’apporter un haut débit de qualité, au minimum de 4 Mégabits par seconde, à l’ensemble des Haut-Garonnais. Nous avons également pour objectif de raccorder 83 % de la population à la fibre et au très haut débit. Sur ces 80 %, 60 % font partie de l’agglomération toulousaine et seront desservis par des opérateurs privés. Nous allons concentrer nos efforts sur les 23 % restants, soit 153 000 lignes. 88 communes seront couvertes dans le département à l’issue de la phase 1, dont Saint-Gaudens et Luchon par exemple ».